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Je fais face au miroir. Depuis deux jours, je me lève avec ce même sentiment d'impuissance, celui qui te dit qu'il est trop tard, qu'il n'y a qu'à accepter et que tu as tout ruiné, tout. Ta vie, ton travail, tes relations avec ta famille, avec tes amis, et plus important encore : la relation de tes amis entre eux. Il n'y aura plus de secret, tout devra être dit, tout va sortir, et tout va se briser.

Et dans cette histoire, tu deviens quoi, toi ? Toi qui te tiens devant ton miroir, imaginant un futur inimaginable, imaginant la plus grande solitude, celle qui te fais aussi te rejeter toi même. Celle qui fait que ton corps même ne t'appartient plus, que tu n'es plus qu'un déchet d'âme perdu dans le flot de la vie.

J'étudie chacun des détails de ce que je vois dans le miroir. Je cherche un signe annonciateur, ce signe qui me trahira un jour, ce signe qui crée un compte à rebours dans ce qu'il reste de ma vie. Mais je ne distingue que des cernes creusées, trahissant mon manque de sommeil. Au moins ça, je peux le cacher.

Dans le fond, je cherche qui souffrira le plus dans l'histoire, et qui restera à mes côtés. Sunny sera celle qui souffrira le plus. Lorick ne voudra plus me voir. Laura restera peut être. Si c'est le cas, elle sera la seule ! Marissa n'aura plus confiance en moi. Mes grands-mères m'interdiront-elles de les voir ? Roxanne n'a pas le droit de me juger, je ne le laisserais pas arriver. Et mon père... Il ne saura pas. Il n'a pas besoins de savoir.

Je me sens immobile, incapable de réagir. Dois-je en parler ? Dois-je le cacher et profiter du peu de temps de normalité qu'il me reste ? Je suis perdue. J'ai besoins d'écrire. Je me dirige vers mon ordinateur, mon fidèle compagnon, et je commence à taper. Les mots viennent tout seuls :

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« J'ai fais une bêtise, et je ne sais pas comment la rattraper. J'ai fais la bêtise de trahir la confiance de Sunny. Oh, je ne suis pas la seule à avoir fait une bêtise. Lorick aussi. Mais Lorick ne sait pas les conséquences, est-ce qu'il comprendrai ? »

 

J'efface la dernière phrase.

 

« Il ne comprendrai pas. Je me sens seule, et je ne veux pas trop en écrire. Je ne veux pas que ça devienne réel. Mais il le faut, je dois prendre des décisions, alors il faut que je l'écrive, il faut que ça soit réel pour moi. Bordel de merde. Je suis enceinte. »

 

Je m'interrompt et je relis cette phrase, retenant au mieux mes sanglots. J'essuie les larmes sur mes joues, puis je reposes les mains sur le clavier.

 

« Ne pas paniquer, ne pas avoir peur. Mesurer les conséquences, réfléchir aux possibilités. L'image de ma mère me revient en mémoire. A-t-elle bien fait de me garder, à l'époque ? A-t-elle envisagé un seul instant qu'elle faisait le mauvais choix ? J'espère que oui, au fond, j'espère qu'elle a au moins réfléchit à la connerie que c'est, que de faire un enfant avec mon père.

Putain, j'ai 19 ans ! Est-ce qu'on peut être mère à 19 ans ? Ça ressemble à une mauvaise idée. C'est le début d'une mauvaise idée. Dois-je donner naissance à un enfant qui grandira dans un foyer ? J'ai vécu la vie de foyer, j'ai rencontré tellement d'enfants qui y ont grandit. Ce n'est pas envisageable. Avorter, alors ? Peut-être pourrais-je garder le secret, si j'avorte ! Sunny ne saurait rien. Elle ne saura jamais que ça fait quelques mois que je couche avec celui dont elle a toujours été amoureuse. Et Lorick n'aura pas à en subir les frais non plus.

Je me souviens de nombre de fois où j'ai envisagé cette éventualité... « Tu fais quoi si tu tombes enceinte ? », « J'avorterais pas. C'est cruel. ». Tu parles. C'est facile à dire. Et tu fais quoi maintenant que c'est ta seule option ? Je veux dire... C'est pas avec ma paye que je vais élever un enfant. Ni avec mes capacités. Et encore moins seule. On ne devrait pas faire des hypothèses sur ce qu'on ne connaît pas. »

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Point. Je m'enfonce contre mon dossier. Je regarde l'heure, sur ma montre. Dix heure. Bon. Autant avoir un avis médical. C'est ça la prochaine étape, non ? J'éteins mon ordinateur et attrape mon sac. Je marche jusque la clinique, ce qui me fais un bien fou, et me dirige vers l'accueil.

 

-Je voudrais des informations sur l'avortement.

 

La réceptionniste me dirige vers un service de consultation obstétrique.

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Je cache mon malaise en m'asseyant dans la salle d'attente. Deux autres femmes sont présentes. Je les détailles assez inconsciemment. Le ventre de l'une d'elle est incroyablement rond. Il ne doit plus lui rester longtemps avant d'accoucher. Alors que mon regard monte jusque son visage, je la vois me lancer un sourire, et je m'empresse de détourner les yeux, gênée. Si tu savais ce que je viens faire ici... J'ai honte... Je me sens stupide. Comment j'ai pu en arriver là ? Je me mets à pleurer. Je sens le regard de la femme sur moi. Elle hésite à me parler, et mes larmes redoublent. Je me lève, honteuse, et quitte la salle en courant. Je sors de l'établissement, et je marche jusqu'au désert. Je me sens tellement stupide !

J'attrape une pierre, au sol, et la lance de toutes mes forces. 

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Je la vois retomber, si proche de moi que je me sens faible. J'en lance une seconde, accompagnant mon lancé d'un hurlement. Pourvu que je parviennes à arrêter de penser ! Encore une pierre, encore un cri.

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Essoufflée, je laisse tomber mes mains le long de mon corps, vidée. Je me sens toujours ridicule, mais ça fais quand même du bien. Je sens la transpiration couler sur mes tempes. Il est bientôt treize heures, la chaleur, dans le désert, est écrasante. 

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Je consulte mon téléphone. J'ai deux nouveaux messages. Le premier vient d'Octavie, sur notre discussion de groupe. « Barbecue chez moi ce soir ? J'ai un nouveau contrat à fêter ! ». Je souris. Elle a été prise dans un salon de tatouage. Elle le méritait, elle a bossé dur ! Je lui mets un smiley avec des cœurs à la place des yeux. Le second message vient de Lorick. Tu choisis bien ton moment, toi. « Tu as vu le message d'Octavie ? Si tu veux, tu peux rester dormir... ». Je soupirs. Octavie et Lorick sont en colocation. Octavie sait très bien ce qu'il se passe entre Lorick et moi. Elle me fait parfois la leçon. Je tape sur l'écran : « Il faudra que je te parle. ». Un peu machinalement, je viens de décider qu'il avait le droit de savoir. Je reçois une réponse : « ?? ». Suivi de : « Ca veut dire que tu ne resteras pas cette nuit ? ». Idiot. « J'adorerais rester, t'inquiète, on en parlera tranquillement ». Je ne veux pas l'inquiéter, et je ne veux pas non plus le détourner de la soirée d'Octavie. Je suis prise d'une quinte de toux, j'ai du mal à reprendre mon souffle ! J'attrape deux comprimés et ma bouteille d'eau, dans mon sac, et décide de rentrer chez moi. Je veux prendre une douche avant d'aller chez Octavie, et je vais essayer d'écrire un peu, aussi. Il faut que je termine ce foutu bouquin.

 

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Octavie semble ravie ! Elle est plus en forme que jamais. Laura a commencé à préparer le barbecue, aidée de Lorick. Sunny et moi aidons Octavie à préparer des brochettes, en faisant bien attention à ne mettre que des légumes sur certaines, puisque Laura ne mange pas de viande.

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Nous nous installons tous autour de la table et trinquons au nouveau travail d'Octavie ! Elle nous parle de sa patronne, une trentenaire dont le crane rasé est intégralement tatoué. Sunny lui répond de ne pas se raser le crâne, qu'elle est convaincue que ça ne lui irait pas du tout. 

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Une fois le plat principal avalé, je me trouve seule avec Laura, à préparer des glaces pour le dessert.

 

-Est-ce que tu iras voir tes parents, à Noël ?

 

Laura a toujours été très tiraillée entre l'amour qu'elle a pour ses parents et leurs exigences, qui sont loin de lui correspondre. Lorsqu'elle est entrée à l'université, elle a aussi postulé au conservatoire, sans rien n'en dire à ses parents. Lorsqu'elle a été prise, elle s'est inscrite et ses parents se sont retrouvé-e-s devant le fait accomplit lorsqu'elle a quitté l'université. Depuis, leurs relations sont tendus. Ses parents ont peur de la voir se retrouver sans travaille et sans autres diplômes, et elle n'a vraiment pas l'envie de se lancer dans autre chose que la musique. Elle hausse les épaules.

 

-Je ne sais pas. J'attends qu'iels me le demandent, on verra bien s'iels sont prêt-e-s à passer outre mon choix de métiers l'espace de deux jours !

-Oh, ma belle !

 

Je la prends dans mes bras.

 

-Mais c'est pas grave, tu sais, je suis très heureuse de mon choix !

 

Je lui réponds.

 

-Je sais, mais ça me fais de la peine pour toi.

-Pff, pas la peine !

 

Elle secoue la tête et continue.

 

-Et toi, comment tu vas ? Tu envisages de rester bosser à la librairie ?

 

Mes yeux partent dans le vague l'espace d'un instant. J'avais totalement oublié que j'étais enceinte, et cette question m'y ramène subitement. Je me reprends suffisamment vite pour que Laura ne s'en rende pas compte.

 

-Le jour où je vivrais de mes livres, je quitterais la librairie ! Mais pour le moment, c'est un travail qui me plaît.

 

Parlant, nous avons rejoint le petit groupe, et nous nous réinstallons avec eux. La soirée se poursuit, et Laura et Sunny quittent la maison, nous laissant, Octavie, Lorick et moi. Octavie s'exclame :

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-Bon, bah moi je vais me coucher ! Je vous préviens, je veux rien entendre.

-Bonne nuit !

-Dors bien.

 

J'aurais préféré qu'elle reste un peu. Je vois bien que Lorick me cherche du regard depuis le début de la soirée, et comme une enfant, je le fuis. Encore là, il me dévisage. Je baisse les yeux, et il me prend le poignet.

 

-Viens, on va dans ma chambre.

-Lorick, je ne vais pas... Je ne veux pas...

-Je sais, je suis pas bête.

 

Il se pose sur sa chaise de bureau et m'invite à m'installer sur le lit.

 

-C'est sérieux ?

-Un peu.

 

Il s’appuie contre son dossier, sourcils froncés, essayant de deviner ce que j'ai à lui dire. Je n'aime pas cette frontalité, mais s'il devait se placer à côté de moi, je suis sûre que je trouverais un mensonge à lui raconter. Je ne peux pas lui mentir les yeux dans les yeux.

 

-Irene, qu'est-ce qu'il y a, à la fin ! Tu veux qu'on arrête ? Juste dis le, si c'est ça !

 

Je ferme les yeux. Je ne veux pas voir sa réaction. Je tremble de peur, mais essaye de ne rien laisser paraître. D'une voix basse, je lâche :

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-Je suis enceinte.

-Quoi ?

 

Je garde les yeux fermés, j'éclaircis ma voix, tentant d'arborer un ton plus assuré.

 

-Je suis enceinte.

 

Je réalise à ce moment là qu'il m'avait bien entendu la première fois. Que je ne fais que remuer le couteau dans la plaie. Il ne répond pas. Le silence est horrible à écouter, mais tant que je ne le vois pas, je peux prétendre que tout ça n'est pas arrivé, que c'est mon imagination seulement. Mais l'attente est insoutenable.

 

-Lorick... ?

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 J'entends la chaise bouger légèrement, puis je sens qu'il s'assoit sur le lit. Il me sert contre lui. Mes larmes coulent contre mon grès alors que je m'accroche à lui. Pourvu qu'il ne me lâche pas. En silence, nous laissons passer nos larmes. Je dis « nos » parce que je pense l'avoir sentit pleurer, aussi. Nous nous allongeons, épuisé et sans trop savoir quoi dire. Cependant, il reste contre moi, me serrant dans ses bras, sa tête calée contre la mienne. Il pose sa main sur mon ventre. Ce geste, pourtant tendre, me rend malade.

 

-Tu veux faire quoi ?

-Avorter.

 

Il semble prendre le temps d'accepter cette information, mais d'une voix triste, il ajoute :

 

-Pourquoi ?

-Sérieusement ?

 

Je me tourne pour lui faire face.

 

-Parce qu'on est pas un couple, on couche seulement ensemble. Et on a fait une bêtise. Aucun de nous deux n'a de métiers, que mon salaire ne suffit pas à élever un enfant. Parce qu'on a 19 ans. Parce que je peux pas être maman, c'est pas possible.

-D'accord.

 

Il acquiesce.

 

-J'ai besoins que tu sois avec moi, Lorick.

 

En réponse, il me prend dans ses bras.

 

-Je suis avec toi.

 

Lui et moi n'avons que peu dormi, cette nuit, mais en silence, l'un contre l'autre, nous avons attendu que le soleil se lève, réfléchissant à notre situation actuelle. Je me sens coupable parce que Lorick n'a pas l'air de mon avis, quant à l'avortement. Mais j'imagine qu'il n'a pas eut le temps d'y réfléchir. Je m'empêche de m'en vouloir de trop en me disant qu'on verra ce qu'il en pense plus tard. Alors que je me lève, je lui explique que j'aimerais retourner à la clinique aujourd'hui, pour me renseigner, mais que j'avais peur d'y aller seule.

C'est ensemble que nous y sommes allé-e-s, et nous avons eut les informations que nous souhaitions. Le médecin m'a fait passer une échographie, pour s'assurer de l'évolution du fœtus, puis nous avons décidé d'un rendez-vous pour l'avortement, au lendemain. Lorick m'a raccompagné chez moi, nous avions tout deux la mine déconfite. 

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Arrivé-e-s, il m'a prit à nouveau dans ses bras, m'assurant que tout allait bien se passer. La tête enfouie dans son t-shirt, je marmonnes :

 

-C'est toi que tu essayes de convaincre, Lorick.

 

Il me regarde, interrogateur. Je m'explique :

 

-Tu préférerais que je le garde.

 

Il baisse les yeux. J'ajoute :

 

-Tu m'en veux ?

 

Il secoue la tête. Je lui prends la main.

 

-Écoute, on a toute la nuit pour parler si tu le veux. Mais je ne penses pas que je reviendrais sur ma décision. C'est pas par rapport à moi, tu sais, c'est par rapport à ellui !

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De ma main disponible, j'indique la direction de mon ventre. Sans me regarder dans les yeux, il répond :

 

-Si c'est l'argent, on trouvera ! Il y a des aides, et puis je trouverais du travail. A nous deux, on gagnera assez ! Et puis tu ne seras pas seule, je resterais... Irene, j'ai fait une bêtise avec toi, mais je ne veux pas en faire une autre.

-C'est pas que l'argent.

-Irene... s'il-te-plaît. Réfléchis-y au moins.

 

Sur ce, il me lâche la main et s'éloigne, me laissant seule. Je m'assois machinalement devant l'ordinateur, que j'allume. Sur l'écran, le document rédigé hier matin. Elle est où la solution ? Celle que je n'ai pas vu, mais celle qu'il me faut ?

Je rejoins la librairie dans l'après-midi, pour travailler, chassant de ma tête toutes mes questions et mes inquiétudes. Mission du jour : Ne pas penser jusqu'à demain matin.



 

J'ai rien à dire.

 

 

C'est pas vrai, j'ai pleins de photos du jolie petit groupe:

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La meilleur la plus belle, c'est IRENE!!! (Mais non mais non, je pique pas du tout les coiffures déjà utilisées par Mae, non non non)

 

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Sunny, petite Sunny!

 

Screenshot-45Laura :)

 

Screenshot-50Et la toute belle Octavie, je l'adore!

 

Non mais en vrai, à part ça, j'ai rien à dire!

Je t'aime, lecteur-ice!!