Après trois jours passés à la Rhéa, Il était temps pour Marissa et moi de partir. Dans notre chambre, nous plions nos bagages. Une nouvelle fois, Marissa me demanda :

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-Tu es sûre que tu veux rentrer ? Je veux dire, tu es la bienvenue ! Mais je rentre pour le boulot ! Si tu veux rester une semaine ici, ça n'est pas un problème !

 

Posant mon pyjama dans la valise, je secouais la tête. J'adorais être là, j'étais au paradis, avec mes grands-mères et avec Heather et Camus... Mais j'avais ma vie à Lucky Palms, et sans Marissa, j'avais peur que Roxanne ne tente de me garder de force. D'un autre côté, je savais qu'en rentrant à Lucky Palms, c'est à mon père que j'aurais à faire face, mais au moins Marissa serait à mes côtés.

 

-Non, je veux rentrer avec toi ! … Ca te va toujours ?

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Elle se redressa pour me prendre les épaules.

 

-Bien sûr, Irene.

 

Elle ajouta un clin d’œil.

 

-Mi casa es tu casa ! Et littéralement, je veux dire.

 

Nos valises prêtes, nous descendions l'escalier pour retrouver toute la famille dans l'entrée aux murs trop roses. Marissa pressa sa main contre mon épaule et ajouta gentiment :

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-Va dire au revoir !

 

Un peu mal à l'aise devant tout ce monde, je m'avançais vers mon frère. Et le pris dans mes bras.

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-Dis, tu reviendras me voir, Irene ? C'est bien d'avoir une grande sœur avec qui jouer !

 

J'acquiesçais. Je n'eus pas le temps de me tourner que Heather m'avait déjà prise dans ses bras.

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-Ca fait plaisir de te connaître, la nouvelle !

 

Mamie-Milah s'était avancée vers moi et m'embrassa sur le front.

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-On se revoit bientôt, n'est-ce pas ? Tu es la bienvenue ici, autant que tu le veux !

 

Puis vint le temps de dire au revoir à ma mère. Depuis le début des adieux, je la voyais, recroquevillée dans son coin de la salle. Pour sûr, ma pique de la veille lui trottait encore dans la tête.

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-Camus et toi, vous restez ici ?

 

Elle acquiesça.

 

-Je ne peux pas priver Camus de sa vie ici, ni toi de ta vie là-bas. Mais je viendrais te voir autant que tu le voudras, je te le promets.

 

J'hésitais à lui dire que je ne voulais pas la voir, mais je trouvais ça terriblement cruel de le dire ici, devant tout le monde. J'avais gagné leur affection et ne tenais pas à la perdre, alors j'hochai silencieusement la tête, embrassai le reste de la salle, puis Marissa et moi prirent la route. Si j'étais moi même triste de quitter tant de personnes dont je m'étais liée, j'étais encore plus malheureuse du regard que j'avais vu chez mes grands-mères : Elles pensaient clairement que l'on ne se reverrait jamais, et je me demandais si elles avaient raison.

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Nous furent rentrées avant le dîner, et me réinstallant dans la chambre qui était une chambre d'amis, je réalisai que l'on considérait tous qu'il s'agissait à présent de ma chambre. Je n'étais pas certaine d'être satisfaite de cette idée, mais dans l'immédiat, je n'avais pas mieux.

 

J'avais prit deux habitudes ici, tout au long de ma vie, quand je venais chez Marissa pour le quatre heure et qu'elle me gardait jusqu'au retour de mon père : La première était de m’asseoir devant l'ordinateur, dans l'entrée, et la seconde était de lire sur le canapé un des livres de l'immense bibliothèque d'Addison, la fille de Marissa. Donc le lendemain de notre retour, c'était naturellement que j'avais allumé l'ordinateur pour retrouver mon fichier word, sur lequel j'écrivais. J'y étais restée quelques longues minutes sans écrire un mot. Estimant qu'il ne fallait pas que je me bloque en me forçant, j'étais donc allée trouver un livre dans la bibliothèque, et je m'étais assise sur le canapé.

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Rien n'était vraiment anormal, j'avais l'impression que mon père pouvait surgir d'un instant à l'autre pour me récupérer, et j'eus des frissons à cette idée.

Cette anecdote aurait pu totalement me sortir de la tête, si Esteban n'avait pas surgit quelques heures plus tard, dans l'entrée, implorant Marissa de la laisser me voir. J'avais relevé le nez de mon livre, anxieuse à l'idée qu'il ne parvienne à forcer le passage, et je m'étais recroquevillée sur le sol, au pied du canapé sur lequel j'avais abandonné mon livre.

 

Mais la dispute durait. Esteban ne partait pas. Alors je décidai que Marissa avait besoins d'aide, et je me levais pour rejoindre l'entrée. 

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Iels s'y tenaient tout deux, défiants. Aussitôt que mon père me vit, il eut un mouvement vers moi, et moi, en réaction, un mouvement de recule qui sembla l'immobiliser. Il me paraissait honteux, pleurant devant moi.

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-Je t'en supplie, Irene, rentrons à la maison. Comme avant, toi et moi.

 

Je secouai ma tête. « Comme avant » ? Il n'y avait jamais eut d'avant, il n'y avait qu'eut un énorme mensonge dans lequel j'avais grandit, et on ne pourrait rien faire pour oublier tout ça ! Ses larmes avaient redoublé, et j'utilisais la colère et la peur que je ressentais pour contenir les miennes. Je me sentais atteindre mes limites, quand je compris que je pouvais y mettre fin. D'une voix tremblante, j'ajoutais :

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-Je ne rentrerais pas à la maison, jamais. Et je ne veux plus te voir non plus. Va-t-en.

 

Sous son regard aussi médusé que brisé, je me mis à courir vers ma chambre alors que mes larmes coulaient. Honteuse, je me cachais derrière mon lit, écoutant entre mes sanglots : Marissa parlait d'une voix ferme, mais je ne l'entendait pas clairement. La porte s'ouvrit, il y eut des pas, la porte qui claque, une clef qui tourne dans la serrure. Mes sanglots s'étaient soudainement calmés : Esteban était parvenu à enfermée Marissa dehors, j'en étais convaincue. J'étais seule, coincée dans une maison avec une unique issue, bloquée par mon père. Mes yeux allèrent vers ma fenêtre, alors que les pas dans le couloir étaient déjà bien trop proche. Je ne serais jamais assez rapide, il attraperait mes pieds ! Cachée derrière mon lit, mon corps tétanisé laissa le temps à mon cerveau de penser qu'il suffirait de l'attirer de ce côté du lit pour rouler dessous et prendre la fuite. Comme au ralentis, la poignée de ma porte de chambre tourna. Je serrai la mâchoire, prête à me battre s'il le fallait, j'attrapais une des poupées de la maison de poupée qui traînait là. La porte s'ouvrit alors, dévoilant le visage réconfortant de Marissa.

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A sa vue, tout mon corps se détendit, et mes larmes recommencèrent à couler, plus nombreuses que jamais. Gentiment, elle s'approcha de moi et me serra contre elle.

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-C'est fini, c'est fini...Il a compris, il ne reviendra pas.

 

Lorsque toute la famille de Marissa fut rentrée, nous nous installâmes dehors, sous le soleil de la fin d'après-midi. 

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La règle de la soirée était simple : On ne parlait pas de mes parents. Quand Xavier eut finis de préparer les hot-dogs nous nous assîmes à table, tout les quatre. L'ambiance était plutôt bonne, Marissa savait toujours me redonner le moral, mais elle me demanda de retourner à l'école le lendemain.

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-Non, pas demain... Je vais devoir leur raconter pourquoi je n'étais pas là !

 

A l'idée qui suivit, mes yeux s'emplirent de larmes.

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-Et si mon père vient m'y chercher ?

 

Passant sa main au dessus de la table pour saisir la mienne, Marissa m'assura qu'elle allait trouver une solution, que tout irait bien. Alors que j'allais me coucher, nous convinrent malgré tout que je resterais à la maison le lendemain. De ce fait, je fus plutôt surprise lorsque, le lendemain, Marissa se pencha sur mon lit pour me réveiller.

 

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-Mmh, Marissa, je veux pas y aller.

-Tu es sûre ? Tu ne veux pas voir tes amis ? Même si j'ai trouvé une solution ?

 

Alors pleinement réveillée, je me redressais sur mon lit.

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-Qu'est-ce que c'est ?

 

Marissa prit le temps de s'installer, au pied du lit, pour me raconter.

 

-D'abord, toi, tu diras juste à tes amies que tu as eut une grosse grippe, que tu étais clouée au lit. Mais on n'aura une seconde histoire, celle qu'il faudra dire au directeur et au surveillant, pour être sûrs que ton père ne viennent pas te chercher : on dirait que ton père vient d'être diagnostiqué bipolaire, qu'il t'avait retiré de l'école tout ce temps, et que du coup, c'est moi qui t'ai récupéré le temps qu'il accepte de prendre ses médicaments, qu'il ne faut surtout pas que tu rentres avec lui.

 

Mes yeux brillaient. Peut-être n'étais-je pas encore bien réveillée, mais son histoire me semblait géniale.

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-Mais, et comment on expliquera que je sois toujours chez toi dans quelques semaines ?

-On expliquera que j'ai ta garde. Et d'ailleurs, s'il le faut et si tu le veux, je la demanderais.

 

Elle passa sa main dans mes cheveux.

 

-Est-ce que ça te va, comme ça ?

 

J'acquiesçais.

 

-Alors va t'habiller, maintenant ! Hop hop ho !

 

J'étais pleinement rassurée, je montais dans la vieille voiture de Marissa sans difficulté aucune, mais toute ma confiance s'envola alors que j'en descendit, devant le grand bâtiment. Mon cœur se serra et je fus immobilisée.

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-Alors, Irene, on y va ?

 

Je fis non de la tête, me sentant incapable de prononcer le moindre mot. Marissa fit le tour de la voiture pour me rejoindre.

 

-Qu'est-ce qu'il y a ?

 

A nouveau, je fis un vif non de la tête. Marissa me regarda, sans trop savoir comment réagir. Je contenais mes pleurs lorsque je murmurais :

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-Je peux pas... Je peux pas...

 

Puis je me mise à nouveau à pleurer. Marissa me prit dans ses bras.

 

-D'accord... Mais il faut quand même que je vois ton directeur. Tu veux rester dans la voiture ?

 

J'acquiesçais et elle me tendit les clefs.

 

-Tu peux me rejoindre si tu veux, mais tu fermes bien la voiture à clef !

 

En m'installant dans mon siège, je tentais de sécher mes larmes. Je me sentais nulle, impuissante, et je m'en voulais terriblement d'imposer tout cela à Marissa, je sentais bien que ce n'était pas sa responsabilité, et que je n'avais pas ma place, à vivre dans sa maison. Alors je gardai le silence sur tout le retour jusque sa maison. Dans l'après-midi, je fus prise d'un affreux mal de tête qui me garda confiné dans ma chambre, volets fermés. Marissa était restée avec moi, plutôt que d'aller travailler, sentant que j'avais besoins de sa présence. Elle me réconfortait en me préparant des tisanes et en veillant sur moi. Allongée sur mon lit, je repensais encore et encore à tout ce qu'il s'était passé dans ma vie, ces deux dernière semaines. Je réalisais effectivement que c'était précisément deux semaines plus tôt que j'avais pris la route dans le désert. C'était allé très vite, peut être trop.

Le lendemain, Marissa repris le travail. J'étais en bien meilleur état, mais je refusais catégoriquement de retourner à l'école, et j'étais soulagée que Marissa ne m'y force pas. Elle me proposa de voir un psy, ce que je refusais aussi catégoriquement que de retourner à l'école. Pour lui raconter quoi ?

Seule à la maison, je tentai d'écrire, en vain.

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Assise devant l'ordinateur, mon cerveau errait, au rythme de l'aiguille de la pendule. Si ma place n'était pas ici, où était-elle ? Chez moi ? Plus maintenant. Chez mes grands-mères ? Oui, sûrement, mais pas avec ma mère dans les parages... Certaine pas chez Marissa non plus. Où, alors ? Les minutes passaient. Je fis le vide dans mes idées, me concentrant sur ce que j'entendais.

Tic. Tac. Tic. Tac.

Je tournais les yeux vers l'horloge. 

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Tic. Tac. Tic. Tac.

Je fermais les yeux.

Tic. Tac. Tic. Tac.

Quand je les ouvris à nouveau, un quart d'heure s'était écoulé.

Je passais les cinq jours qui suivirent sans quitter la maison, c'était au moins un endroit où je me sentait en sécurité. 

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Le mal de tête avait repris le second jour, et Addison m'avait fait la lecture, dans ma chambre, pour m'aider à passer le temps.

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J'avais aussi passé très longtemps à me demander ce que je devais faire, où je devais aller, à qui je devais parler... Quelque chose n'était pas correct, et je sentais que j'avais besoins de le rectifier, sans parvenir à mettre ma main dessus.

Le troisième jour, j'avais décidé qu'à défaut de pouvoir écrire, je pouvais au moins me baigner.

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Je m'étais assise, en pleine après-midi, au bord de la piscine dans le jardin. J'avais observé mon reflet dans l'eau un petit moment. Il faisait chaud, il n'y avait pas même de vent ! Alors, accroupie, j’appréciai la fraîcheur de me tenir au dessus de cette étendue d'eau. J'y plongeai le bout de mon doigt. 

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J'aurais pu m'y baigner, mais à quoi bon ? Faire quelques longueurs, puis m'ennuyer, me sentir seule, penser à Camus et Heather... J'étais bien capable de faire tout ça sans être dans l'eau.

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Mais j'y voyais mon reflet, sur sa surface presque lisse. J'avais l'impression que l'eau était devenu rigide, comme un matelas prêt à me réceptionner, puisqu'elle parvenait à porter mon image. Recroquevillée sur le bord, je mis mes bras autour de mes jambes, observant toujours la réflexion de ce qui me semblait alors si accueillant. Me penchant pour mieux voir, je laissais mon corps basculer dans l'eau froide et claire. La différence de température me fit l'effet d'un coup d'électricité, mais je gardai mes bras autour de mes jambes, m'enfonçant dans l'agréable tissu frais que constituait l'eau. Les yeux fermés, j'appréciais chaque instant dans les bras frais et réconfortant de la piscine.

Bientôt, la force physique fit son boulot, et naturellement, je remontais à la surface, toujours roulée en boule. Quand la chaleur du soleil frappa à nouveau mon visage, je me mis sur le dos, en planche. Le soleil me brûlait ma peau encore couverte de petites perles d'eau. En prenant mon inspiration, je me rendis compte que je n'avais pas respiré avant de plonger, car cette nouvelle respiration d'air eut l'effet d'une brûlure dans ma gorge.

Allongée sur la surface liquide de la piscine, je me re-visualisais, quelques heures plus tôt assise à table avec une feuille et un crayon, à tenter encore et encore d'écrire alors que je sentais ma tête désespérément vide.

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Tenant ma tête, j'avais retenu ma colère aussi longtemps que j'avais pu, et plus j'essayais, plus je me sentais tomber dans un abysse sans fond d'où je ne m'imaginais pas sortir. En plongeant dans la piscine, dans l'eau fraîche et englobante, j'avais appris que l'abysse me paraissait finalement plutôt accueillant.

Il me fallu deux jours de plus pour trouver ce que je cherchais sans le savoir : la bonne chose à faire. Ce jour là, j'étais finalement sortie de la maison, pour marcher jusqu'au désert.

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J'avais besoins d'aller où tout avait commencé. L'idée m’effleura alors l'esprit. L'idée d'une maison, pour moi, loin de tout. J'en avais besoins, je le savais, c'était la chose à faire. Je passai beaucoup de temps à me renseigner sur cette idée, à lire des témoignages, des textes de lois, des descriptions, des photos de lieux... Entre deux lectures, mes yeux s'emplissaient de larmes que je ne parvenais pas à expliquer, mais je sentais au fond de moi que la solution était là, sous mes yeux. Je devais à tout prix en parler à Marissa !

C'est ce que je fis le lendemain. Je lui demandais de s'asseoir avec moi, pour discuter. J'étais un peu tendue, j'avais peur de sa réaction... J'espérais de tout cœur qu'elle ne le prenne pas mal.

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-Marissa, tu sais que je ne vais pas rester vivre ici pour toujours, hein ?

 

Elle me regarda, interrogative.

 

-Tu veux me dire que tu veux vivre chez tes grands-mères ?

-Non, c'est pas ça. Mais je ne vais pas rester vivre ici non plus.

-Pourquoi ? Tu n'y es pas bien ?

 

Oh par pitié, qu'elle le prenne bien !

 

-C'est pas la question Marissa, je suis bien ici, je suis en sécurité, et je vous aimes plus que tout, Xavier, Addison et toi ! Mais c'est pas ma place...

 

Son regard me paraissait triste. Je pris une grande inspiration.

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-Je te remercierais jamais assez, mais tu sais que j'ai besoins d'autre chose... J'ai besoins de me sentir à ma place, et pour ça, il faut que je partes.

 

Voyant qu'elle allait protester, je la coupai :

 

-Je me suis renseignée, et j'ai beaucoup réfléchis... Dans deux ans, je serais assez âgée pour vivre seule, et en attendant je peux être logée dans un foyer. Je serais avec d'autres enfants comme moi, et puis je ne serais pas enfermée, on pourra continuer de se voir comme avant ! Le plus proche est de l'autre côté de la ville. C'est pas si loi.

 

Marissa me coupa.

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-Tu réalises ce que tu demandes ? Je veux dire, les conséquences te suivront tout au long de ta vie, tu comprends bien ?

 

Mes yeux s'emplirent de larmes.

 

-Mais j'ai pas d'autres solutions, Marissa, je peux pas rester ici, j'ai pas la force de faire semblant d'appartenir à une nouvelle famille !

 

Elle passa son bras sur mes épaules et m'embrassa le front.

 

-Je sais, ma belle, je sais... Et quoiqu'il arrive, je t'accompagnes dans ce que tu décides, je te l'ai promis, mais je veux juste m'assurer que tu ne fasses pas de bêtises ! Tu réalises qu'il n'y a pas de retour en arrière possible, après ça ? Et qu'il va falloir contacter les services sociaux ? L'identité de ton père sera mise à jour, tu imagines bien les conséquences ?

 

J’acquiesçai, retenant mes larmes.

 

-Je sais.

-Tu es sûre de toi ? On appelle les services sociaux, alors ?

 

J'acquiesçai à nouveau. Je reprenais confiance dans mes mots. Marissa était géniale, j'étais fière de l'avoir comme marraine.

 

-Je ne veux plus dépendre de mon père, ni avoir peur de lui et de ma mère. Je pourrai être sûre d'être à distance d'eux, comme ça ! Papa sera en prison, Roxanne à Bridgeport... Et toi, tu seras là. J'aurais même pas à changer d'école, je pourrais rester avec mes amis ! Et puis, c'est juste deux ans, après je fais ce que je veux ! Tu es d'accord ?

-Si c'est ce que tu veux, bien sûr, je suis tout à fait d'accord !

 

Le soir même, nous appelions les services sociaux. Marissa leur synthétisa tout de ma situation, et nous convenions d'un rendez-vous pour le lendemain même. Ce soir là, pour la première fois depuis trois semaines, je m'endormis sans difficulté.

 

L'assistant social se présenta le lendemain, à l'heure convenue.

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Il s'appelait Christopher, et m'expliqua aussitôt qu'à partir de maintenant il serait mon interlocuteur principal, qu'il fallait que je me tourne vers lui pour toutes les démarches que je souhaiterais entreprendre. Moyennement heureuse de ce fait, je lui demandais comment je devrais faire si je décidais que je ne voulais pas passer pas lui. Il rigola, m'expliquant que j'avais totalement le droit de demander un autre assistant social, et que dans tel cas, je n'aurais pas à me justifier. 

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Je fus satisfaite de cette réponse. Nous nous installions dans le salon, autour d'un café pour Marissa et Christopher. Assis, Christopher entreprit de m'expliquer :

 

-Je n'ai encore lancé aucune procédure, j'attendais de te parler, parce qu'une fois la machine lancée, il n'y a plus de retour possible. Si tu le souhaite toujours, dès demain tu peux partir dans le foyer de Lucky Palms, ils ont quelques places de libre. Une fois que tu y seras, tu seras sous la tutelle de l’État. Tu dois te plier aux règles du foyer qui t'accueille.

-Il se passe quoi si je ne m'y plis pas ?

-Ça dépend de la gravité, mais dans les pires des cas, les enfants sont bougés vers des foyers plus stricts et ne sont pas déclarés aptes à vivre seuls. De manière générale, tu seras « juste » punie.

-Et ça veut dire quoi être sous la tutelle de l’État ?

-Ça veut dire que seul les représentants d’État décide ce qui est mieux pour toi. J'en fais partie.

-Je suis obligée d'être sous la tutelle de l’État ?

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-Eh bien, techniquement, quelqu'un peut demander ta tutelle sans demander ta garde. A ce moment là, il faudra passer par cette personne pour chaque décision importante te concernant.

 

Marissa ajouta :

 

-Donc je peux demander la tutelle d''Irene ?

-Bien sûre, cependant, la démarche est longue, elle peut prendre un an avant de se concrétiser. Mais vous êtes sa marraine, vous êtes bien placée pour faire cette démarche. Ça sera long, mais il n'y a quasiment aucun doute qu'elle vous sera accordée.

-Ça te va Irene, si on fait ainsi ?

 

J’acquiesçai. Christopher reprit la parole.

 

-Mais tu sais que légalement, tant que ton père ne fait aucune démarche pour te récupérer, tu peux tout à fait rester ici ? De plus, si je comprends bien ta condition, la moindre démarche venant de ta part comme de la sienne pourrait l'emmener en prison. Je me trompes ?

-Non, c'est bien le cas. Et je ne changerais pas d'avis.

-Alors on se dit à demain ?

 

Je regardai Marissa qui me fit un léger oui de la tête, me signalant son accord. Je lui pris la main, réalisant soudainement qu'à partir de là, il n'y avait plus de retour possible.

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-A demain, Christopher.

 



 

Il est pas hyper mimi, Christopher, un peu? ^^ moi je l'aime bien!

 

Je crois que je vais continuer les "gros chapitres", ça me plait bien! A toi, lecteur-rice, de me dire ce que tu en penses? :)

 

Bisous!